Joueur polo

Contrairement à la quasi-totalité des nageurs de compétition, j'ai commencé ma carrière dans un club en faisant du water-polo. Lorsque mon père m'a inscrit au Cercle des Nageurs d'Yverdon, au début de l'été 1966, je suis arrivé dans un club qui n'avait pas de nageurs. Il y avait bien un entraîneur de natation en la personne de Kurt Schibli, mais il n'avait plus de nageur depuis que son fils et sa fille, Patrick et Monique, étaient partis faire une grande carrière nationale au Vevey-Natation. Il venait donc de temps en temps à la piscine d'Yverdon, mais seuls quelques petits apprenaient à nager avec lui.

Comme je savais déjà nager, on m'a immédiatement rattaché à l'équipe de polo. Je me souviens que, le premier jour, on m'a dit de faire 200m d'échauffement. A l'époque, j'allais assez vite mais je ne savais pas respirer, je ne nageais pas la tête dans l'eau. Je suis donc parti comme un fou, et j'étais mort après 50m; j'ai encore réussi à finir le premier 100m, mais j'ai dû m'arrêter là. J'avais l'impression que je ne saurais jamais nager correctement, en particulier comme quelques "vieux" qui nageaient tranquillement mais qui alignaient les longueurs sans paraître se fatiguer.

Malgré cela, j'ai pratiquement été intégré presque immédiatement dans l'équipe du CNY. Il n'y en avait qu'une, pas d'équipe 2 ou de juniors, c'est donc ainsi que j'ai débuté mes premiers matches en sachant à peine tenir 100m et directement en Ligue régionale B ! J'avais une bonne pointe de vitesse, si bien qu'on m'envoyait volontiers à la balle lors de l'engagement. Mais je n'avais aucun contrôle du ballon et il m'arrivait d'être le premier au ballon mais de ne pas être capable de faire la première passe avant d'être rejoint par mon adversaire.

Il m'a fallu au moins une saison pour être capable de prendre le ballon d'une main et de l'envoyer sans risquer de couler, et un peu plus longtemps pour être capable de réceptionner d'une main une passe. Par contre, durant les années où j'ai joué au polo, je n'ai jamais été un bon manieur de balle. D'autres joueurs, à Yverdon et encore plus à Vevey, étaient de véritables artistes avec ce lourd ballon de polo qui, à l'époque, était encore en cuir et se remplissait d'eau au fil de la partie. A la fin, il était deux fois plus lourd et surtout gluant, ce qui le rendait insaissiable pour mes mains maladroites. L'arrivée des ballons en caoutchouc, à partir des années 70, a quelque peu facilité mes manipulations, mais je suis toujours resté un maladroit qui avait besoin de nager très vite pour se créer un espace de liberté suffisant pour pouvoir prendre le ballon en main correctement et passer/tirer.

J'ai eu beaucoup de plaisir à jouer au polo, car la camaraderie était très grande dans ce milieu. Les plus âgés formaient les plus jeunes, et je suis reconnaissant à ceux qui ont passé du temps pour m'apprendre la technique de jeu et la vie en général (sans aucun sous-entendu). Bien qu'assez maladroit avec la balle, je suis devenu en très peu de temps un des piliers de l'équipe, avec d'autres jeunes de mon âge qui s'appelaient Mentha et Givel, sous la houlette d'un gars juste un peu plus âgé, Denis Jaccard. L'amitié que j'ai eue avec Denis a perduré pendant de très nombreuses années, en particulier lorsqu'il est devenu Président du CNY, poste qu'il a occupé durant de nombreuses années et où je l'ai côtoyé très longtemps alors que j'étais d'abord Chef de Natation romand puis Président romand (jusqu'en 2002).

En automne 1969, j'ai commencé à m'entraîner avec le Vevey-Natation dans le cadre de l'université, et j'ai ensuite passé ma licence au VN en avril 1970. Je suis venu à Vevey, mais j'ai accepté également de jouer avec la 2e équipe du VN, qui était de mon niveau (1e ligue régionale).

Plus tard, lorsque le polo veveysan a connu une crise grave en 1978, j'étais alors entraîneur professionnel de l'équipe natation du VN, j'ai tenu à apporter ma pierre à la reconstruction du polo à Vevey. Lors de la négociation du plan d'occupation de la nouvelle piscine couverte, j'ai convaincu la commission technique de laisser deux tranches horaires pour le polo, alors que nous n'avions plus d'équipe. C'est moi qui ai demandé à Gilbert Volet de s'occuper d'une école de polo à laquelle j'ai envoyé quelques garçons de mes groupes d'entraînement de natation, qui ont constitué l'ossature du renouveau du polo à Vevey. C'était Christophe Bünter, Christoph Vollmer, Jean-Marc Keller, Guy Volet, Stéphane Stillavato, Joël Brunisholz, Markus Froelicher, etc.

C'est avec satisfaction que j'ai suivi la renaissance de l'équipe, d'abord avec une équipe junior, puis une équipe première grâce au retour de joueurs qui étaient partis à Montreux ou à Monthey. Pour ma part, j'ai joué très sérieusement à cette époque car il fallait constituer une armature pour les jeunes qui arivaient, mais j'étais toujours aussi mauvais manieur de balle, tout en restant le plus rapide de l'équipe.

En prenant de l'âge, je me suis cantonné dans le poste d'arrière central, mais je l'occupais d'une manière inhabituelle à l'époque. En effet, ce poste était souvent réservé à des vieux méchants, qui ne nageaient pas mais connaissaient tous les sales coups pour empêcher les attaquants de se mettre en position de tir. L'exemple typique était Jean-Claude Devaud, à Sion, qui avait l'habitude de tenir un, voire deux attaquants par les couilles, la main dans le calöss, ce qui les rendait totalement... impuissants !

En ce qui me concerne, je jouais différemment. Je demeurais très en retrait lors des engagements, mais je montais très haut lorsque nous avions la balle. Ma vitesse me permettait alors de revenir très rapidement et de ne pas être débordé en cas de contre-attaque. De plus, lorsque nous étions pressés sur nos buts et que nous interceptions la balle, je devenais alors attaquant de pointe puisque j'étais toujours pratiquement le plus rapide pour aller me mettre en position de tir devant le but adverse.

J'ai joué ainsi sans déplaisir durant plusieurs années, et je m'entraînais régulièrement durant toute l'année pour me maintenir dans une forme suffisante. Si rien de particulier ne s'était produit, il est probable que j'aurais continué à jouer jusqu'à 50 ans et plus (!), mais un incident très désagréable m'a incité à arrêter définitivement le polo.
L'incident en question s'est produit lors d'un match contre Monthey. Les équipes valaisannes ont la réputation de jouer dur, et les Montheysans étaient de vrais Valaisans ! Mais l'équipe contre laquelle je jouais était consituée de quelques anciens et de plusieurs jeunes à peine sortis d'une école de polo considérée, à l'époque, comme une structure modèle. Monthey avait en effet une relève très nombreuse et pouvait aligner plusieurs équipes en catégorie Juniors.
Durant le match, alors que je jouais derrière et que je surveillais de loin un jeune attaquant en train de se placer pour recevoir une passe, ce jeune joueur d'à peine 14 ans m'a volontairement placé un coup de poing en pleine figure. En passant devant moi, il a simplement orienté son bras vers ma tête pour pouvoir m'assommer, complètement à l'insu de l'arbitre. Je me suis retrouvé groggy, on a dû me sortir de l'eau, et j'étais bleu depuis le bout du nez jusqu'au fond de la bouche ! Un coup d'une telle maîtrise était visiblement le résultat d'un enseignement systématique et d'une pratique régulière.
Le jeune joueur en question était le fils de l'entraîneur de Monthey, il était le porte-drapeau de cette nouvelle génération de joueurs issus d'une école de polo moderne et efficace. J'ai donc considéré que je ne désirais plus continuer un sport qui était pratiqué avec une telle mentalité, et je n'ai plus jamais porté un bonnet de polo depuis 1987.

Depuis lors, je reconnais que j'ai toujours conservé une certaine retenue envers les poloïstes, qui pratiquent à l'évidence le sport olympique le plus brutal après la boxe et certainement le plus hypocrite, mais également l'un des plus pénibles.

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