Sport

Vu mon expérience personnelle de nageur élite et d'entraîneur professionnel, j'ai une tendresse particulière pour les sportifs de compétition. Lorsque je dis cela, je pense aux gens qui investissent du temps, de l'argent et surtout du courage dans un entraînement régulier pour pouvoir participer à des confrontations avec leurs pairs.

J'ai rencontré trop souvent des gens qui crachaient sur le sport, et surtout le sport de compétition, simplement parce qu'ils ne pouvaient pas comprendre qu'un individu soit prêt à faire des sacrifices uniquement pour dépasser ses propres marques. Pour eux, il devait obligatoirement y avoir un autre objectif, inavouable, et naturellement source de toutes les tricheries imaginables et de la pire des vénalités.

En ce qui me concerne, je n'ai jamais côtoyé ces stars médiatiques qu'on nous montre à la télévision, du foot, du ski ou du hockey. Ceux que j'ai vus durant trente ans à Macolin, en stage avec les équipes nationales ou en compétition devant un maigre public, ce sont les 95% des autres sportifs d'élite. Ces rameurs, ces nageurs, ces athlètes, ces lutteurs, tous ces gens qui ne vont pas gagner un sou avec leur titre national, qui doivent participer au financement de leur voyage aux Championnats du monde. Les autres, les "people", ils ne venaient pas dans les dortoirs de Macolin !

Ce vécu explique que je suis plus ouvert à un soutien à ceux qui font d'immenses sacrifices qu'aux zappeurs du "wellness". A Vevey, il doit y avoir en tout cas 2 à 3 mille sportifs licenciés, c'est-à-dire qui participent à un championnat officiel. Ils sont les composantes de cette Vevey sportive qui a déjà gagné 3 ou 4 fois le Grand Prix suisse des villes sportives, ces sportifs qui portent les couleurs veveysannes dans les classements du pays.
Le respect que je porte aux sportifs eux-mêmes se double de celui que j'accorde encore plus aux dirigeants. On se gausse des fiascos financiers de certains de nos clubs, mais il n'y a que ceux qui ne font rien qui sont certains d'éviter tout échec. Et les bénévoles sportifs représentent des centaines de milliers d'heures qui contribuent à la santé de notre population, au bien-être d'une majorité de la population, à l'utilisation optimale des installations financées par la collectivité. Si l'on fait le total de ce que ces dirigeants donnent à la société, on se rend compte de l'insulte que c'est de considérer les clubs comme des mendiants sans cesse en train de quémander des subsides.

Mais je ne suis naturellement pas focalisé uniquement sur le sport élite. A mon sens, il joue juste un rôle essentiel pour intéresser les gens, et en particulier les jeunes, à l'activité physique. Le boom des sports de glisse est venu lorsque les médias commerciaux - surtout américains - ont matraqué sur ces compétitions spectaculaires. Les dirigeants de n'importe quel club savent qu'ils vont avoir de nouvelles inscriptions lorsque des sportifs locaux font de bons résultats (tae-kwondo, aviron, natation, etc.).
De ce fait, je considère d'une part que les clubs doivent disposer d'installations convenables, et que d'autre part ils ont un rôle d'exemplarité à jouer. Cette exemplarité concerne les dirigeants et les athlètes. J'ai été heurté par exemple d'entendre un entraîneur veveysan engueuler un joueur qui avait fait un geste fair-play parce que cela avait fait perdre la balle à son équipe. Je déteste les "grosses têtes" qui tentent d'impressionner les spectateurs plutôt que de mettre en évidence leur apprentissage et la nécessité d'avoir une préparation régulière.

Au final, si le sport est utile à la santé, il a également d'énormes avantages sur le plan psychologique et social. Pour ce dernier point, il est un lieu de socialisation presque aussi important que l'école. Un sportif de bon niveau national, par exemple, passe une vingtaine d'heures avec ses camarades d'entraînement ou de compétition. Des liens souvent plus forts que ceux de l'école se crèent entre jeunes qui partagent des émotions plus intenses au sein du club de leur choix que celles ressenties dans une classe constituée par hasard. Ce lien social sert aussi d'intégrateur pour des enfants d'origine et de milieu différents, tout en douceur.
Sur le plan psychologique, une pratique sportive enseigne un élément essentiel auquel les enfants s'habituent beaucoup plus simplement que par toute autre méthode. Il s'agit de la projection dans l'avenir. Tout sportif, quel que soit son niveau, apprend dès les premiers mois de son inscription dans un club que les résultats en compétition ne s'acquièrent pas dans les jours qui précèdent. Très rapidement, les jeunes sportifs apprennent à gérer leur temps, leur préparation, et leurs émotions également. C'est un instrument de structuration de la personnalité très efficace.

Tous ces éléments expliquent que je respecte le sport pour ce qu'il apporte à ceux qui le pratiquent et à ceux qui l'encadrent. Mais je ne suis pas dupe de ses dérapages et je suis favorable à des rapports honnêtes et transparents entre autorités et clubs. Et je ne suis pas prêt à accepter les débordements de certains supporters et spectateurs lorsqu'ils s'inscrivent clairement contre l'esprit sportif.

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