Secondaire à Lausanne

Lorsque je suis arrivé au Belvédère, à Pâques 1961, j'ai eu l'impression que le collège était tout neuf. On disait simplement "le collège", mais cela voulait effectivement dire "collège secondaire", par opposition à la voie primaire (qu'on appelait "école primaire"), destinée à ceux qui ne réussissaient pas les examens d'orientation vers les voies plus prestigieuses, et à la "prim' sup" ("primaire supérieure"), une voie intermédiaire qui menait aux professions qualifiées et tout particulièrement à l'enseignement. C'est la voie dont sont sortis tous les instituteurs républicains qui ont construit ma génération.
Pour accéder à ces voies, il y avait des examens qualificatifs. On pouvait tenter l'examen pour le collège à 10 ans (au terme de la 3e année primaire) et répéter à 11 ans (après la 4e) si l'on avait raté à 10 ans. C'étaient les deux seules occasions d'arriver à la voie royale du collège et des études longues. Il y avait ensuite l'examen de "prim' sup'", qu'on essayait à 12 et à 13 ans, à la fin des la 5e et de la 6e. Cette voie comportait donc 4 années de spécialisation, contre 6 au collège.

Après avoir réussi les examens du collège, on entrait dans un monde différent. Je n'en avais pas vraiment le sentiment, mais je me rends compte aujourd'hui que cela avait dû déboussoler ma mère, qui était beaucoup moins ambitieuse pour ses enfants que ne l'était mon père. Or, c'est elle qui s'est occupée des formalités préalables à mon arrivée au Belvédère, en ce qui concerne le matériel. Je me souviens d'être allé avec elle dans des magasins pour acheter le matériel scolaire dont nous avions besoin: des cahiers spéciaux, un plumier avec différents outils, etc. Puis, ce qui m'avait paru le plus extraordinaire, avait été l'achat de la casquette obligatoire pour tous les collégiens, celle apparemment des cadets, et qui marquait réellement notre entrée dans ce nouveau monde. Je n'avais jamais imaginé que le changement d'école allait s'accompagner d'obligations vestimentaires, mais je me souviens d'avoir accepté celle-ci avec enthousiasme. Bien plus tard, je me suis rendu compte que les cadets de Vevey portent exactement la même casquette, mais avec l'écusson veveysan au lieu de celui de Lausanne. J'ai d'ailleurs pu racheter une casquette lausannoise, car la mienne était dans un état lamentable après avoir été tordue dans tous les sens. Il me semble d'ailleurs que l'obligation de la casquette a disparu au moment où je suis entré en 3e du collège, en 1964.

En arrivant au collège, on recommençait à compter les années à 1, si bien que je suis entré donc en 1e année du collège après ma 3e année primaire. Les deux premières années étaient un tronc commun de culture générale, avant l'orientation en sections qui se faisait à partir de la 3e année du collège, jusqu'au terme de la 6e année. Durant ces deux premières années, on était presque en stabulation libre. C'était en tout cas l'impression que j'en avais: on travaillait de la même manière qu'à l'école primaire, mais on sentait bien qu'on était une "caste supérieure". On avait en face du Belvédère l'école des Croix-Rouges, un établissement primaire et primaire supérieur, et nous considérions que nous n'avions rien à faire avec ces inférieurs (!).
Ces deux premières années étaient une période où nous étions progressivement habitués à avoir de nouvelles méthodes de travail. Même si nous avions encore un maître de classe qui nous donnait plusieurs cours, nous avions également des maîtres spécialisés. Et nous commencions l'allemand dès la 1e année du collège. Ma soeur Sylvette, qui a six ans de plus que moi, m'a même raconté qu'elle avait commencé également le latin dès la 1e année, mais ce n'était plus le cas pour ma volée.
Nous étions logés dans des baraquements "provisoires", situés à droite du grand escalier menant au bâtiment principal. Ils venaient d'être posés et étaient de bonne qualité. De plus, cela répondait à la forte poussée démographique de ces années, même dans les filières privilégiées. Je suis retourné au Belvédère assez souvent, et en particulier pour les 40 ans du collège en 1995: j'ai retrouvé à chaque fois les pavillons que j'avais utilisés, toujours aussi provisoires !

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